Dans chaque religion, il existe de multiples formes et attitudes de prière, qui rythment un moment précis de la journée ou des circonstances particulières de la vie. Dans l’impossibilité de les aborder toutes, nous avons choisi quatre types de prière qui sont encore pratiqués dans les milieux réformés.
Le remerciement ou la prière à tableAppelée également bénédicité (du latin, signifiant «Bénissez»), la prière avant le repas nous vient vraisemblablement d’une très ancienne origine monastique. Elle se récite pour remercier Dieu du «pain quotidien» qu’il nous donne. Christiane et Jean Wimmer font partie de ceux qui pratiquent encore cette forme de prière en famille. Pour ce couple pastoral, la prière avant le repas a toujours fait partie des rites quotidiens. Ils la pratiquaient déjà enfants, puis avec leurs enfants, leurs invités et maintenant avec leurs petits-
enfants. «La prière marque le début d’un beau moment de partage à passer ensemble. Très concrètement, cela empêche les enfants de se jeter sur la nourriture et nous apprend à nous montrer respectueux de ce que l’on mange. C’est le seul moment où l’on parle de ce à quoi nous pouvons dire «merci». Et pour une fois, nous pouvons le formuler à voix haute. Nous disons si peu de choses de notre foi…», confie Christiane Wimmer. Jean Wimmer, pour sa part, considère la prière à table comme un rite positif, qui nous rappelle qu’il n’est pas évident d’avoir à manger: «J’aime bien le lien entre prière et nourriture: toutes deux sont un besoin. C’est comme une respiration. La prière stoppe la frénésie de la journée et marque le fait que quelque chose d’important va commencer autour de la table, ensemble. Le malheur, aujourd’hui, c’est que les gens vivent éparpillés, chacun mange comme et quand il veut. Si l’on n’arrête pas de grignoter à longueur de journée, il n’y a plus besoin de dire «Merci». Il vaudrait la peine alors de retrouver ce rite pour permettre aux familles de se réunir à nouveau.» Pour lui, la prière avant le repas est une sorte d’«expérimentation» de Dieu, une manière de le rendre plus palpable, plus proche.

Dieu qui aimes la vie,
qui nourris les oiseaux du ciel
et habilles les fleurs des champs,
nous te bénissons pour toutes ces créatures
et pour cette nourriture que nous allons prendre.
Nous te supplions, Seigneur:
en ta bonté, fais que tous les
hommes aient chaque jour
le nécessaire.
Par Jésus le Christ,
notre Seigneur.
François d’Assise
La séparation de la nuit ou la prière du coucher
La prière du soir a encore de beaux jours devant elle. Selon une récente enquête auprès de 1200 personnes de religions majoritairement chrétiennes, réalisée pour le Fonds National de Recherches par l’Institut de théologie pratique de l’Université de Berne, 36% des familles interrogées pratiquent une forme de prière du soir avec leurs enfants. De plus, 25% chantent une berceuse ou un chant traditionnel qu’ils considèrent comme une prière. Christoph Morgenthaler, professeur à la Faculté de théologie de Berne et chargé de cette recherche, a pu constater que l’on priait moins dans les familles protestantes que dans les familles issues d’Eglises libres ou de l’Eglise catholique. Il a également dégagé différents types de prières liées au moment du coucher: «Certaines familles utilisent une forme très traditionnelle, un verset ou une vieille prière, souvent transmis par leurs parents ou grands-parents. D’autres mélangent une introduction traditionnelle avec des demandes précises de leurs enfants. D’autres encore font citer les noms de ceux qu’ils désirent protéger (famille, amis, animaux), ou bien laissent les enfants s’exprimer avec leurs mots à eux. Les thèmes de prière sont rarement purement religieux. Parfois, la prière est imposée, parfois les parents demandent chaque soir aux enfants s’ils la souhaitent ou non.»
Quelle que soit la forme choisie, que les motifs exprimés soient religieux ou profanes, les motivations des parents pour pratiquer la prière du soir se ressemblent. Ils ont envie de prendre du temps ensemble, de vivre quelque chose en famille au moment de se quitter pour la nuit, de montrer leur amour et leur affection, et de permettre à leurs enfants de se sentir en sécurité. Pour qu’ils puissent bien s’endormir.

La branche morte, celle qui jamais plus ne portera de feuilles nouvelles, ni de fleurs ou de fruits, celle que
la vie a désertée pour toujours...
Il lui reste une possibilité
merveilleuse:
accepter d’être jetée dans le feu,
et celle qui ne servait à rien devient lumière et chaleur pour ceux
qui sont dans la maison.
Je t’offre ce soir Seigneur les
branches mortes de ma journée.
Je sais qu’au feu de ton amour
elles seront transformées!
... Mais au soir des tempêtes
souvent hélas je laisse
à terre pourrir mes
branches mortes.
Michel Quoist
La force de la communauté ou le Notre Père
Cette prière a une fonction unique dans les différentes traditions chrétiennes: c’est la seule prière reconnue et récitée par les chrétiens de toutes les confessions. Issu du Nouveau Testament et, selon les spécialistes de la Bible, pour une fois unanimes, remontant à Jésus lui-même, le Notre Père a traversé le temps. Il a été récité à toutes les époques, de génération en génération, pour continuer à être dit aujourd’hui. Son prestige et sa force spirituelle ont amené les Eglises à formuler une traduction commune de cette prière: pour les francophones catholiques, protestants et orthodoxes, l’accord a été accepté en 1966. Le Notre Père est actuellement traduit en 1395 langues et dialectes (que l’on peut consulter sur le site
www.christusrex.org/www1/pater/).
Le Notre Père possède une dimension communautaire qui dépasse son strict contenu. Ainsi, par exemple, le réciter à haute voix lors d’un enterrement exprime indirectement, mais avec force, toute la solidarité et la compassion que l’assemblée témoigne à la famille endeuillée. C’est comme si l’on disait «Vous n’êtes pas tout seuls, nous sommes là, nous ne vous laisserons pas tomber.»
Dominique Giauque-Gagnebin, pasteure et membre de la commission francophone de liturgie des Eglises réformées BE-JU-SO, précise: «Le Notre Père est la seule prière qui réunit les demandes de tous les croyants; récité à la fin du culte, il rassemble une dernière fois la communauté avant de partir.» Par ailleurs, son expérience d’aumônerie dans les homes lui a dévoilé un autre aspect étonnant du Notre Père, et l’a convaincue que s’il ne devait rester qu’une seule parole de la tradition chrétienne, c’est bien cette prière: «Même si elles sont perdues, ailleurs, si elles n’ont plus de mémoire, si elles n’ont plus les pieds sur terre, les personnes âgées savent encore chanter «A toi la gloire» et réciter le Notre Père.»
La prière au chevet d’un malade
La plupart du temps, la prière auprès d’un malade se fait en conclusion d’un entretien, selon l’expérience pratique de Philippe Nicolet, aumônier d’hôpital et de prison. Elle a toujours lieu avec l’accord de la personne ou à sa demande. «J’introduis systématiquement la prière par une lecture biblique, ce qui me permet d’éclairer de l’extérieur ce qui vient d’être dit, et d’orienter la prière en rapport au texte et non en fonction de l’entretien», explique Philippe Nicolet. Cette manière de procéder peut avoir une fonction apaisante, et laisse la liberté au malade soit de s’identifier, soit de prendre distance avec ce qui a été dit. Il se méfie des prières qui résument les entretiens, trouvant préférable d’utiliser un texte tiers, un peu décalé. Ainsi, la prière reste ouverte à l’appropriation ou au déni.
Il prend grand soin de ne pas abuser de la prière pour inciter son interlocuteur à adhérer à ses propres vues: «Quand je prie, c’est au nom d’une personne, je prie pour ou avec elle, mais je ne m’adresse pas à elle. Je refuse d’utiliser la prière pour «faire la leçon» au malade, ou pour lui dire ce que je n’ai pas osé exprimer pendant l’entretien.»
Par ailleurs, il y a souvent dans la prière une sorte de protestation à l’égard de la réalité telle qu’elle est: «Elle permet alors de dire qu’en dernier ressort, ce n’est pas la maladie ou la souffrance qui détermine ce que je suis. Prier, c’est alors affirmer qu’il y a encore une instance de recours même si la situation est désespérée ou tragique.»
Il n’est pas rare que les patients demandent à l’aumônier: «Priez pour moi!», sans que le contenu de la prière soit précisé: «Même si ce genre de demandes a parfois une connotation magique, je les comprends comme un appel: «Ne m’oubliez pas, restez en relation avec moi, demandez à Dieu de ne pas m’oublier!» Prier pour quelqu’un, c’est comme un accompagnement à distance pour maintenir un lien.»

Seigneur, toi qui es notre Père
nous osons te dire: «Pourquoi ?»
Pourquoi cette maladie?
Pourquoi cette souffrance?
Même si nous n’avons pas de
réponse, aide-nous du moins
à rester dans ta lumière.
Accompagne notre frère
dans sa maladie, sa souffrance, son angoisse, ...
Donne-lui ta paix!
(Tiré du Livret pour
l’accompagnement des
malades proposé par
la Communauté de
travail des Commissions
romandes de liturgie)
Corinne Baumann